Les Saints et la piève / I Santi

 

Entre Bravone et Cursigliese ; les racines culturelles des chants de la montagne d’Aleria. 

Purtata da correnti maiò in a storia di a Ghjesgia spartuti per u mondu sanu, a fede cristiana hà e so ràdiche anziane è prufonde per i nostri lochi di muntagne, di poghje è di piaghje, chì prestu prestu sò stati praticati, pupulati, urganizati da l'omi. Olivier Jéhasse ci ramenta a storia d'isse cumunità cristiane in e so terre durante i sèculi. 

 

 

Les chants sacrés de Corse sont nés d’une longue histoire. Et ceux de la montagne d’Aleria sont les fils d’un espace ancien, dont les frontières et les points forts s’inscrivent dans une géographie sacrée aux composantes multiples.
Entre plaines, coteaux et hauts sommets des montagnes de la Castagniccia Méridionale, les communautés chrétiennes des villages d’aujourd’hui sont situés dans un territoire dont la toponymie rappelle qu’il est celui qui a donné son nom à toute l’île, et de la Bocca di i Corsi au fleuve Cursigliese, s’étend un territoire très connu, très tôt traversé, très tôt organisé.

 

La foi chrétienne des pieves de Serra, Matra et Opino, est une foi ancienne traversée par divers courants qui ont accompagné, au fil des temps, les grands moments de l’histoire de l’Eglise. Avant l’Eglise, et même avant Rome, les habitats s’insèrent dans le territoire des Opinoi, et la cité d’Opino est une des premières cités de Corse à passer sous le pouvoir de Rome, au cours du IIème siècle avant notre ère, tout en conservant des structures de son passé ancien. Et lorsque des premiers chrétiens sculpteront leurs symboles sur les pierres de la ville romaine, c’est à ce moment là que, le long des axes anciens qui conduisent vers l’intérieur, on retrouvera des traces de l’intérêt des populations romanisées pour la nouvelle foi.


Istoria di Corsica, Pietro Cirneo, Edition de 1854Istoria di Corsica, Pietro Cirneo, Edition de 1854 - Lexique latin-italien des paroisses et pièves de Corse - 1Istoria di Corsica, Pietro Cirneo, Edition de 1854 - Lexique latin-italien des paroisses et pièves de Corse - 2La lecture des noms des saints patrons en porte témoignage : Saint Jean Baptiste, Saint André, Saint Pierre et Saint Césaire sont les premiers à s’inscrire dans cet ensemble et privilégie d’ailleurs l’espace montagnard entre Opino/Tallone, Zalana, Matra et Pianellu. Avec eux, on trouve Cumiziu, martyr peu connu et sans doute corse, que choisissent les gens de Zuani ainsi que Laurina, élue peut être par les chrétiens d’Aleria. Puis, viendront d’Afrique Cyprien et Corneille, choisis au IIIème siècle par la communauté de Zalana, tandis qu’Ampriani choisit Saint Laurent.


A pieve di a Serra au Moyen-Age (Corsica Sacra, G. Moracchini-Mazel)Ainsi, la première christianisation est au cœur de la cité des Opinoi, elle se repère dans l’ensemble de son espace, et les noms de tous ces premiers saints patrons permettent de reconnaître la présence d’apports divers, où l’Orient fondateur et l’Afrique prosélyte fusionnent avec les premiers martyrs proprement romains.
C’est Rome, ensuite, qui devient le centre d’où rayonne l’organisation chrétienne. Au IVème siècle, sous le patronage de Saint Marcel, qui devient titulaire de l’église d’Aleria, élevée sans doute au rang d’évêché, on remarque un grand effort de christianisation.
Deux communautés se distinguent ;

a pieve di a Serra, sur la Carte particulière de l'Isle de Corse - Bernard Antoine Jaillot - 1738Puis au Vème siècle, après le Concile d’Ephèse, daté de 431, naîtra enfin la pieve de Serra, regroupant, autour de Zalana, toutes les communautés de la région.
Dédiée à Sainte Marie, Serra fusionnera les anciens centres de Matra et d’Opino, tandis que de nouveaux saints patrons apparaîtront, Saint Martin à Zuani et Saint Siméon à Moita. Et c’est bien dans ce foisonnement premier, dans cette succession d’époques et de références fondatrices, que se découvre l’enracinement des populations de ces terroirs.


Ces moments d’Histoire ancienne, où l’on est heureux de se retrouver sous le patronage de Sainte Cécile, sont propices à l’éclosion d’un univers musical riche et profond, construit autour de la mémoire et de la richesse des expressions spirituelles des premiers moments de la chrétienté des habitants de la montagne d’Aleria.

 

Olivier Jéhasse, Maître de Conférence à la Faculté de Sciences Humaines de l’Université de Corse - Septembre 1997.


 

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