Les chantres / I cantori in a Storia

 

Le répertoire des confréries en Corse.

 

Da i Franciscani di u XIIIu sèculu sò nate e prime cunfraterne di laudesi, o cantori chì, sèculi dopu sèculi, fin'à i ghjorni d'oghje anu impastatu è trasmessu tutti sti canti chì noi ci purtemu in l'ànima. Da l'orìgini à u XVIu sèculu spannatu, fin'à i nostri tempi, a ci dice Marcel Pérèz, cuntendu ci ne a storia.  

 

 

Offiziu di a Beatissima Vergine Maria, Torino 1810Les franciscains créèrent, au XIIIème siècle, des confréries de laudesi, qui étaient des chanteurs pratiquant un répertoire contemplatif et dévotionnel.
Comme à cette époque, les laïcs ne pouvaient jouer un rôle actif dans la liturgie, les franciscains imaginèrent des offices para-liturgiques où ils puissent prendre part. Les laudesi, accompagnaient de leurs chants les processions des fêtes patronales, certaines manifestations de la Semaine Sainte, ainsi que les veillées de prière. Ils furent à l’origine du théâtre religieux populaire qui connut ses heures de gloire dans les mystères célébrés sur le parvis des églises.
Avec les grandes pestes du XIVème siècle, le service des morts devient pour les confréries une activité essentielle qui perdurera jusqu’à présent.

 

Au XVème siècle, certaines confréries de laudesi développèrent des répertoires musicaux très sophistiqués dont il nous reste quelques traces. Mais dans la plupart des cas, les confréries étaient constituées de gens dont la musique n’était pas le métier. Ceux qui organisèrent ces associations pieuses surent collationner une musique simple, mais qui renferme en substance, tout les caractéristiques d’un chant liturgique de haute tradition.

  

Offiziu di a Beatissima Vergine Maria, Torino 1831 - A Santissima NunziataA la fin du XVIème siècle, alors que l’Eglise accomplissait un important effort de réorganisation, à la suite de la tourmente créée par le protestantisme, les confréries jouèrent un rôle important dans l’implication des laïcs dans la vie de l’Eglise.
C’est principalement de cette époque et des deux siècles qui suivirent que date la mise en forme des confréries corses, dont certaines ont conservé jusqu’à aujourd’hui de véritables joyaux liturgiques.

 

 

 

 

L’essentiel de leur répertoire comprenait :

  • Le petit office de la Vierge qui, si nécessaire, pouvait être chanté à chaque réunion confraternelle,
  • Les offices des fêtes patronales,
  • Les offices de la Semaine Sainte,
  • L’office des morts.

 

I cunfratelli cantanu a messa in a so casazzaChaque office comprenait les premières vêpres, les Vigiles, les laude et les deuxièmes vêpres. Les offices et les messes des grandes fêtes, comme Noël, Pâques ou la Pentecôte faisaient, le dimanche, office de chantre pour la messe paroissiale.
Ils chantaient alors l’ordinaire de la messe, c’est-à-dire les Kyrie, Gloria, Sanctus et Agnus Dei ; tandis que les chants du propre, c’est-à-dire, l’Introït, le Graduel, l’Alléluia, l’Offertoire et la Communion étaient assurés par le clergé, car ces chants, qui changent tous les dimanches, demandent que l’on sache lire la musique.
C’est pourquoi beaucoup de confréries ont conservé la mémoire de ce qu’ils appellent une messe des vivants, qui étaient l’ordinaire de la messe des dimanches, pour distinguer de la messe des morts.


Pour les chants du propre, les rares qui ont été conservés dans certains villages sont ceux de l’Introït de la messe d’un confesseur non pontifié ;
Os Justi qui correspondaient aux fêtes patronales, Salve Sancta Parens, pour les messes votives de la Vierge et Deus Israël, pour la messe de mariage.

Au cours du XXème siècle, ces répertoires religieux traditionnels, connurent de nombreuses vicissitudes liées aux grands bouleversements d’alors, comme l’exode rurale qui vida les campagnes, la guerre de 14-18, mais aussi aux différentes mutations que connut l’Eglise dans sa liturgie.


Offiziu di a Beatissima Vergine Maria, Stamperia Fabiani - Bastia 1861Les réformes de Pie X eurent pour effet, dés 1903, de supprimer les chantres pour les remplacer par des chorales paroissiales. Dans certaines paroisses rurales, ces chantres, dépositaires des anciennes traditions, continuèrent à exister, malgré la fréquente hostilité du clergé, jusqu’au début des années 60. Le Concile de Vatican II les enterra pratiquement sauf en Corse, où des vestiges survécurent grâce à l’intuition des jeunes générations qui, dés les années 70 sentirent d’abord confusément, puis de manière de plus en plus consciente que cette musique ne devait pas tomber dans l’oubli. Elle renferme ce qui constitue l’essentiel d’un chant liturgique qui, contrairement à ce que croient les réformateurs depuis plus d’un siècle, ne relève pas uniquement d’un texte et d’une mélodie, mais d’une manière d’être impliqué dans le chant, de scander un texte, de porter les gestes vocaux.


Ainsi en Corse, nous pouvons aujourd’hui observer l’un des témoignages les mieux conservés des traditions cantorales du catholicisme. C’est ce qui donne, au-delà de l’intérêt de la conservation d’un patrimoine local, toute sa valeur au chant des confréries corses. A travers lui, et par le médium d’un style bien caractéristique, c’est toute la vie du catholicisme rural des siècles passés qui continue à palpiter.

 

Marcel Pérès ethnomusicologue – 1995.

 

 

 

Haut de page